Les universités connaissent en ce moment un mouvement étudiant qui s’amplifie, déclenché par une opposition à la loi votée cet été sur l’autonomie des universités. C’est le cas à Tours, où l’on peut observer des assemblées générales hebdomadaires d’étudiants sur le site des Tanneurs. Le Mouvement des Jeunes Socialistes, en tant qu’organisation politique de jeunes, y est présent. Cette loi est en effet critiquable sur divers points, notamment quant à la faible place qu’elle va laisser aux étudiants dans la composition des Conseils d’administration. Mais l’essentiel pourrait bien être ailleurs. Le candidat Sarkozy nous avait promis une nouvelle université, avec des moyens décuplés. Or, il nous a servi une loi gestionnaire là où nous attendions de vraies réponses aux nombreuses questions qui sont posées depuis maintenant des années par tous les praticiens de l’université.
Ce mouvement étudiant a rapidement pris de l’ampleur, plus rapidement que celui contre le Contrat Première Embauche. Il y a aujourd’hui, lors des assemblées générales, autant de monde que lors du CPE, même si le mouvement reste pour le moment cantonné aux facs. Pourtant cette fois-ci il n’y a pas, comme en 2006, d’élément mobilisateur clair ni de revendications réellement précises. Ce mouvement traduit sans aucun doute l’état de perdition dans laquelle les étudiants ont le sentiment de se trouver. Il est vrai que l’université concentre en son sein de nombreux problèmes de la société française : peur du chômage et de la précarité, problèmes sociaux (baisse du pourvoir d’achat des étudiants, difficultés pour se loger), manque de reconnaissance et sentiment d’abandon (absence d’investissement dans l’université…), etc.… Véritable poudrière, la moindre étincelle peut aujourd’hui allumer un véritable brasier dans les facs.
Il suffit de se balader dans les couloirs des universités pour se rendre compte qu’elles manquent cruellement de moyens. Nous nous situons dans la seconde moitié du peloton des pays de l’OCDE pour l’effort de financement public de l’université. Cette sous-dotation a des répercussions quotidiennes pour les étudiants. Les bibliothèques ont ainsi des horaires d’ouverture très limités, là où chez nos voisins européens elles restent ouvertes tard en soirée. Dans les universités les plus importantes, les étudiants ont souvent énormément de mal pour pouvoir simplement accéder à ces bibliothèques. De plus, les collections mises à disposition sont trop peu renouvelées et en nombre insuffisant. L’encadrement et l’accompagnement en premier cycle est particulièrement faible, ce qui conduit à de forts taux d’échecs et d’abandons. A toutes ces questions la loi n’apporte aucune réponse. Elle semble même soigneusement les éviter.
Pour que les étudiants ne se mobilisent pas en vain, il appartient dorénavant aux organisations politiques de proposer des débouchés concrets aux inquiétudes exprimées. Il est temps de se saisir de cette question de l’enseignement supérieur qui, parce qu’elle est difficile, a parfois été mise de côté. On ne peut faire l’impasse sur l’avenir des jeunes, l’avenir de la société.
L’enseignement supérieur français fonctionne d’une manière très particulière. Pour aller vite, nous pourrions le résumer ainsi : « donner plus à ceux qui semble en avoir le moins besoin ». En effet, 40% des crédits affectés par la collectivité à l’enseignement supérieur vont aux filières non-universitaires, sélectives à l’entrée (principalement les grandes écoles et les classes prépa) alors que celles-ci ne regroupent que 17% des étudiants ! On investit à peine 6000 € par an pour un étudiant à l’université contre 12000 € pour un étudiant dans une école d’ingénieur, et c’est encore davantage pour un étudiant en classe préparatoire. Les enseignements des classes prépa sont de très bonne qualité, le problème n’est pas là, mais est-ce une tare que d’être étudiant à la fac à ce point qu’il faudrait être mis de côté à ce point par rapport à ceux qui ont eu les moyens de s’acquitter des frais de scolarité des écoles de commerce ? La sélection à l’entrée de l’université, souvent dénoncée par les mouvements étudiants avec raison, a en réalité déjà été mise en place. A force de délaisser l’université, elle va finir par mourir, laissant le champ libre a toutes les filières sélectives et souvent coûteuse pour les étudiants, beaucoup mieux armées pour faire face aux exigences en terme de niveau de formations.
Cette question doit être mise sur la table. Nous devons nous poser la question de l’architecture globale de l’enseignement supérieur. Nous devons être capable de dire que la justice et l’efficacité c’est savoir donner davantage à ceux qui en ont le plus besoin. Apprendre à être autonome dans son travail est une des missions de l’université, or elle y échoue souvent par un manque d’encadrement et des méthodes pédagogiques dépassées. Des étudiants qui auraient pu réussir sont ainsi conduits à l’abandon. Pourtant nous avons besoins de davantage de jeunes diplômés et nous en auront encore davantage besoin demain. Ne nous laissons pas piéger par l’agenda que nous impose Nicolas Sarkozy selon lequel cette question ne serait plus d’actualité. Il y a urgence !
Délégué régional du MJS
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